Partager l'article ! L'armée tente de dissuader le premier ministre Erdogan de briguer la présidence: Que peut faire l'armée turque, qui se veu ...

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Ce "faucon", dont c'était la première prestation du genre depuis sa nomination, en août 2006, n'a pas voulu paraître s'immiscer dans la vie politique du pays. Tout au plus a-t-il émis l'espoir que "le prochain président sera une personne attachée aux principes de la République, et pas seulement en paroles"... ce qui a été interprété comme une invitation polie mais ferme au premier ministre, Recep Tayyip Erdogan de ne pas se porter candidat. Or celui-ci est le chef du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), largement majoritaire au sein du Parlement qui doit élire un nouveau président dans la première quinzaine de mai.
Si M. Erdogan décide finalement de se présenter, comme les médias le supposent de plus en plus, aucun mécanisme démocratique ne peut lui barrer la route de "Cankaya", le palais présidentiel. Son épouse voilée l'y suivrait, ce qui est perçu par les laïques comme un outrage suprême aux "valeurs du kémalisme", dont l'interdiction du voile pour les femmes dans la fonction publique.
DISCOURS DE FERMETÉ
La présidence en Turquie, fonction surtout de prestige, est devenue, depuis les victoires électorales de l'AKP, le dernier bastion institutionnel de la laïcité, en dehors de l'armée. Le président sortant a ainsi bloqué des centaines de nominations de supposés "islamistes" dans l'administration, la magistrature ou l'Université. Il a aussi bloqué nombre de lois votées en première lecture par le Parlement... que le gouvernement n'a pas toujours représentées devant les députés, alors qu'il aurait pu ainsi surmonter le véto présidentiel. Le pouvoir réel resterait donc aux mains d'une armée turque qui, depuis 1960, a renversé quatre gouvernements issus d'élections pluralistes.
Certes, la dernière fois remonte à dix ans et la majorité des officiers, corps d'élite soucieux de maintenir sa popularité, aurait perdu, depuis lors, tout appétit pour les coups d'Etat. Mais l'armée reste aussi une force opaque, toujours en guerre "antiterroriste" dans le Sud-Est kurde, et accusée parfois d'abriter des réseaux coupables d'assassinats politiques. M. Erdogan a été ainsi incapable de faire toute la lumière, comme promis, sur l'assassinat du journaliste arménien Hrant Dink, en février. Un crime révélateur de la montée du nationalisme, au sein des forces armées notamment, dans une Turquie repoussée par l'Europe.
Le discours de fermeté tenu jeudi par le chef de l'armée, estimant que celle-ci "doit mener une opération dans le nord de l'Irak" contre les rebelles kurdes de Turquie, aurait ainsi visé à rassurer les militaires nationalistes autant qu'à faire pression sur M. Erdogan.
Celui-ci se trouve mis en demeure d'approuver une telle opération, dont l'utilité pour la Turquie est des plus douteuses ou de nommer un candidat de compromis à la présidence, comme s'apprêtent à le réclamer des milliers de manifestants, samedi, à Ankara.


